Publié le Vendredi 10 avril 2026 à 15h10.

La bureaucratisation du 1er État ouvrier

La révolution d’Octobre porte la promesse de la démocratie des soviets. Mais le « communisme de guerre » met la démocratie en sourdine. Et les combats pour la restauration de la démocratie ouvrière se heurtent au renforcement de l’appareil du Parti.

En Russie, en 1917 comme lors de la révolution de 1905, se créent des soviets d’ouvriers et de soldats, constitués de déléguéEs éluEs, qui se fédèrent à l’échelle du pays. 

Des soviets à la « terreur rouge »

La révolution d’Octobre concrétise le mot d’ordre de Lénine dans ses Thèses d’avril, « tout le pouvoir aux soviets » : le conseil des commissaires du peuple est responsable devant les soviets. Le parti bolchevik, qui a passé la plus grande partie de son histoire dans la clandestinité, connaît un vaste processus de démocratisation interne, avec des congrès annuels, l’élection de ses directions par les militantEs, et un grand pluralisme politique.

À partir de juin 1918, les grandes puissances impérialistes et leurs satellites assiègent la jeune Russie soviétique. Le parti bolchevik instaure alors la « terreur rouge », qui aboutit à la fin de la démocratie soviétique. Les soviets deviennent des coquilles vides. La démocratie dans le Parti diminue fortement : il y a certes des débats politiques houleux dans sa direction, mais il n’y a plus d’élection par la base des dirigeantEs intermédiaires, qui sont nomméEs par en haut.

Le coût politique du « communisme de guerre » 

Le « communisme de guerre » sauve le pouvoir bolchevik, mais à un coût politique très élevé : le divorce avec une bonne partie de sa base ouvrière, sans compter la paysannerie qui constitue la très grande majorité de la population. De l’aveu même de Lénine, l’État ouvrier souffre de graves déformations bureaucratiques, inévitables dans une situation aussi dramatique. Pour autant, le sort de la première révolution prolétarienne au monde, malgré son isolement international, n’est pas scellé. Dans le Parti, s’engage, menée notamment par Lénine et Trotsky, la lutte pour la restauration de la « démocratie ouvrière ».

Des résolutions démocratiques sans effet

Le 10e congrès du Parti en mars 1921 adopte des mesures de démocratisation du Parti et de régénération des soviets. En décembre 1923, est réaffirmée la nécessité de lutter contre « la bureaucratisation des appareils du Parti », ce qui passe notamment par « la liberté de discussion de toutes les questions importantes » et « l’élection des responsables par la base ». Mais ces bonnes résolutions démocratiques restent lettre morte. Les élections sont largement formelles, l’appareil du Parti (ses fonctionnaires permanents) continue de désigner les responsables. Cet appareil est progressivement contrôlé par Staline qui y place ses partisans, utilisant pour cela son poste de commissaire du peuple à l’Inspection ouvrière et paysanne, puis de secrétaire général du Parti le 3 avril 1922.
La maladie puis la mort de Lénine hypothèquent son « dernier combat ». La recommandation de Lénine dans son fameux testament de démettre Staline de ses fonctions n’est pas suivie d’effet. Une troïka composée de Staline, Zinoviev et Kamenev prend la direction du Parti et écarte Trotsky, qui a été avec Lénine le principal dirigeant de la révolution d’Octobre. Avec la « promotion Lénine », qui double les effectifs du Parti au cours du 1er semestre 1924, elle s’assure d’une confortable majorité.