Publié le Samedi 19 novembre 2016 à 13h38.

D’Obama à Trump, un tournant dans la mondialisation libérale et impérialiste

Au-delà des slogans, de la confusion démagogique, de son côté imprévisible, Trump fera le job : imposer le changement de politique de la première puissance mondiale en fonction des nouveaux rapports de forces internationaux. Une rupture dont les conditions et les prémisses ont mûri durant les années Obama.

En arrière-fond des résultats électoraux, du président que la machine électorale dite démocratique a porté à la tête de l’État américain, sont à l’oeuvre de grandes tendances au c oeur des rapports de classes comme des rapports internationaux qui vont déterminer les choix que ce dernier et les états-majors qui l’entourent auront à faire.

Le tournant de 2007-2008

Ces changements se sont opérés en conséquence de la crise financière de 2007 et 2008 et de ses effets économiques, sociaux, politiques, au niveau de la planète. Le paradoxe d’Obama, rappelons-le désigné prix Nobel de la paix en 2009, un an après son élection, est qu’il a repris à son compte le discours de la grande Amérique déployant son offensive libérale et impérialiste au nom de sa prétendue mission progressiste, démocratique, pacifique... alors qu’il présidait à un élargissement des interventions militaires américaines. Les USA sont maintenant engagés dans trois guerres majeures, en Syrie, en Irak et en Afghanistan, sans oublier le Yémen. La lutte contre Daech a été l’occasion de la constitution d’une nouvelle coalition pour tenter de rétablir une stabilité politique mise à mal par les guerres au Moyen-Orient.

Ces guerres qui leur coûtent cher ne font en fait qu’accentuer le chaos international, échec d’une stratégie qui impose un recadrage qu’Obama a lui-même engagé.

Le « pivotement »

En novembre 2011, le président annonçait un « pivotement » de la stratégie des États-Unis. Les derniers mois de son mandat, on l’a vu accuser les Européens et les pays arabes d’être des « free-riders », des profiteurs, propos de même nature que ceux de Trump qui appelle au désengagement de l’Amérique face aux « coûts énormes » de l’Otan.

La préoccupation du Pentagone se concentre en Asie et dans le Pacifique. Les États-Unis y ont renforcé leur présence militaire. D’ici à 2020, 60 % des capacités de leur armée de l’air et de leur marine y seront concentrés. La décision de mettre l’accent sur l’Asie a été confirmée dans la stratégie nationale de sécurité 2015 d’Obama. En juin 2015, ce dernier a obtenu du Congrès les pouvoirs nécessaires pour négocier un grand traité de libre-échange, le Partenariat trans-pacifique (TPP). Il inclut entre autres les États-Unis, le Japon, le Vietnam, l’Australie, le Chili, le Pérou, le Mexique et le Canada et couvre 40 % de l’économie mondiale. La Chine n’y a pas été intégrée...

Tensions exacerbées entre les classes et les nations

Trump va accentuer cette évolution. Il ne s’agit pas d’un choix personnel. Comme Obama a tenu à le rappeler, avant d’être Démocrates ou Républicains, « nous » sommes tous Américains. « Rendre sa grandeur à l’Amérique » est un slogan dont le fond est partagé par toute la classe dominante américaine. Les rapports de forces ont changé, la politique combinant le libéralisme économique et le militarisme impérialiste a déstabilisé l’ensemble de la planète. La première puissance mondiale n’a plus la suprématie d’antan, et un nouveau rival émerge, la Chine. L’instabilité des relations internationales ne peut plus être contenue par une seule puissance.

Il s’agit pour les USA d’essayer de se dégager du Moyen-Orient pour laisser les Russes, la France et la Grande-Bretagne gérer avec les puissances locales, Égypte et Turquie, sans oublier leur fidèle allié Israël. Ils ont déjà envisagé la possibilité de composer avec Assad.

Trump acceptera-t-il, peut-être en le renégociant, l’accord sur le nucléaire iranien pour composer avec Téhéran, dont les USA auront besoin pour tenter de construire un nouvel équilibre au Moyen-Orient ? Ou au contraire, choisira-t-il de privilégier l’Arabie saoudite ? Tout cela dépendra des résultats des nouvelles man oeuvres qui vont s’engager au Moyen Orient.

à défaut de pouvoir continuer à prétendre assurer l’ordre mondial, le Pentagone et Wall Street entendent jouer leur carte dans le désordre mondial et utiliser ses contradictions et rivalités – qu’ils ont eux-mêmes largement contribué à créer – en fonction de leurs propres intérêts. Le capital financier américain n’a nullement l’intention d’avoir une politique isolationniste, mais bien de perpétuer sa domination contre les travailleurEs et les peuples. L’élection de Trump s’inscrit dans cette exacerbation des tensions.

Yvan Lemaitre