Publié le Mercredi 14 janvier 2026 à 12h03.

Une boussole : la solidarité avec le peuple

Face à l’agression impérialiste et aux jeux de pouvoir, une boussole s’impose : la solidarité avec le peuple, la défense de la souveraineté populaire et le retour à une légitimité construite par en bas.

 

Beaucoup observent avec inquiétude les concessions et accords passés entre le gouvernement et les États-Unis, qui le maintiennent sous une menace permanente. Ces compromis apparaissent ainsi à la fois comme le produit de la contrainte impérialiste et comme une stratégie pour se maintenir au pouvoir.  Contrairement à ce qui a été projeté au moment de l’attaque, l’administration Trump ne semble en effet pas exiger un changement immédiat de régime, dès lors que les autorités actuelles se conforment à ses exigences. Sous la direction de Delcy Rodríguez, le pouvoir promet une libéralisation accrue du secteur pétrolier au bénéfice des groupes américains, accompagnée d’un renforcement du contrôle militaire. Le gouvernement vénézuélien actuel est un gouvernement sous tutelle de l’impérialisme étatsunien.

Mais aujourd’hui, dans la population, le questionnement va encore plus loin quant aux intentions du pouvoir vénézuélien. La question de sa compromission traverse tous les esprits, avec l’hypothèse qu’il soit vendu aux intérêts impérialistes, déconnectée même de toute ambition d’indépendance nationale, pour les intérêts d’une petite clique. Un épisode récent renforce ce questionnement : un pétrolier serait parti en mer indépendamment des autorités gouvernementales, et Delcy Rodríguez aurait sollicité d’elle-même l’aide des États-Unis pour l’arrêter et le faire revenir. 

Soutenir le peuple, pas le pouvoir

Ce qui ressort clairement des différentes expressions des gauches vénézuéliennes — syndicats, courants politiques, mouvements dissidents — c’est une ligne commune : la solidarité avec le peuple doit rester la boussole. La lettre de la CTUV à la direction de la FSM s’inscrit pleinement dans cette orientation (voir l’encadré).

Le cœur du projet bolivarien originel reposait sur une démocratie vivante, des victoires électorales. Sans le coup de force de 2024, il aurait peut-être été possible de construire un autre scénario : un chavisme fort dans l’opposition, des gauches dissidentes organisées capables de front uni, des contre-pouvoirs locaux… Le pouvoir se trouve désormais avec des marges de manœuvre limitées face à l’agresseur, conséquence de la dévitalisation démocratique que ses méthodes ont provoquée.

Dix ans de sanctions impérialistes ont ravagé les conditions de vie. Le gouvernement a fait peser ce poids sur le peuple, sans pouvoir aujourd’hui s’appuyer sur un mouvement populaire autonome face à l’agression impérialiste.

Retour au peuple

Dans la situation actuelle, une exigence s’impose : revenir au peuple. Une consultation populaire, une reconstruction de la légitimité par en bas, seraient les seules issues permettant à la fois de renforcer le rapport de forces sur place face à l’impérialisme et d’élargir le soutien international. Or ce n’est pas la voie empruntée par le gouvernement.

Les forces de gauche dissidentes appellent à ce que ce mot d’ordre — retour au peuple pour restaurer la souveraineté populaire — circule à l’international, en attendant de pouvoir créer les conditions pour le porter ouvertement sur place. Nous nous faisons donc le porte-voix de cet appel. 

Lettre du CUTV au Secrétariat du FSM

Depuis l’attaque impérialiste, un débat a lieu dans la gauche française sur la question des critiques de Maduro et de son régime autoritaire. C’est pourtant la demande qui nous est adressée, comme en témoigne la lettre ouverte du 10 janvier 2026 du Comité exécutif de la Centrale unitaire des travailleurs du Venezuela (CUTV) au Secrétariat de la Fédération syndicale mondiale (FSM).

La FSM est une organisation syndicale internationale historiquement liée au mouvement communiste traditionnel, marquée par une conception étatiste et campiste de l’anti-impérialisme. La CUTV est membre du FSM. Ce n’est pas une organisation trotskiste ou anarchiste. Mais il s’agit d’une véritable organisation syndicale, inscrite dans la lutte des classes.

Voici quelques extraits de ce courrier, à retrouver en intégralité sur notre site :

« Nous avons l’obligation de classe de vous exprimer notre désaccord face au silence prolongé que le FSM a gardé, au cours des quatre dernières années, face à la situation très grave que subissent les travailleurs vénézuéliens et nos retraités et pensionnés, en conséquence des politiques économiques et du travail imposées par le gouvernement autoritaire et antidémocratique présidé par Nicolás Maduro, à partir de la mise en œuvre d’un programme d’ajustement libéral-bourgeois qui a fait peser tout le poids de la crise et des sanctions impérialistes sur les épaules du peuple travailleur, favorisant les appétits de la bourgeoisie parasitaire vénézuélienne et tentant d’attirer les investissements au prix de la misère et de la répression contre les travailleurs et leurs dirigeants syndicaux. »

« Nous insistons sur la nécessité que la solidarité militante anti-impérialiste de la FSM et de l’ensemble du mouvement syndical international de classe soit avec les travailleurs et les peuples exploités et opprimés, et non avec les élites bureaucratiques qui détiennent le pouvoir pour favoriser diverses fractions bourgeoises. »