Publié le Dimanche 25 janvier 2026 à 17h00.

Les Enfermé·es, de Mari Goicoechea

Podcast. Diffusion : Making Waves. Disponible sur le site du CGLPL, via les plateformes d’écoute en ligne.

Mari Goicoechea est contrôleure au CGLPL — le Contrôleur général des lieux de privation de liberté. À ce titre, elle est autorisée à visiter sans préavis, entre autres, les prisons, les centres de rétention et les hôpitaux psychiatriques. En 2024 et 2025, elle a pu y entrer avec du matériel d’enregistrement pour y recueillir la parole de personnes enfermées et de membres du personnel affectés à ces lieux. Cela donne un podcast saisissant et tout à fait édifiant.

Un prologue de quelques minutes qui présente le CGLPL et la démarche qui a présidé à cette publication, suivi de six épisodes — Premiers jours, Entre quatre murs, Occuper ses journées, Au cachot, Ouvert au public et Dernier jour — retracent le parcours de celleux qui sont privéEs de liberté, du premier jour d’enfermement jusqu’à celui de leur sortie.

La force de cette série documentaire repose bien évidemment sur la parole des privéEs de liberté qui se saisissent complètement de la possibilité qui leur est offerte de s’exprimer. Si les lieux choisis pour l’enquête ont leurs spécificités, le parti pris d’entrelacer des témoignages de personnes détenues, de personnes retenues et de personnes enfermées en hôpital psychiatrique concentre le propos sur la privation de liberté, quels qu’en soient le contexte et le motif, et en fait ressortir les effets sur les personnes concernées. La très grande sobriété du discours des personnes privées de liberté qui témoignent, leur lucidité, leur dignité contrastent avec les traitements que leur inflige la machine à enfermer, qui semblent relever d’une sorte de froide cruauté institutionnelle, désincarnée, déshumanisée.

Qu’il s’agisse des conditions déplorables d’incarcération, de la surpopulation carcérale, des difficultés permanentes et récurrentes à permettre les visites, que ce soit l’ennui profond qui habite ces lieux, l’absence de perspectives qui s’offrent à celles et ceux qui les occupent, l’impression qui prévaut est que ces institutions ont d’abord en commun de se limiter à mettre à l’écart une partie de la population, perdant le sens même qui est supposé en fonder la pertinence.

L’épisode qui traite du surenfermement — dans chacun de ces lieux existe un dispositif d’isolement, comparable au cachot — est à cet égard le plus saisissant. La nature et le degré de la violence institutionnelle y atteignent des sommets qui se traduisent par des effets profonds et durables sur les personnes qui les subissent — en d’autres termes, ça rend fou, et même ça tue ! Rien ne saurait les justifier et ils incarnent ce dont l’appareil de coercition sociale et de mise à l’écart de celles et ceux qui dérangent est capable pour « protéger la société ».

Vincent Gibelin