Publié le Mardi 10 février 2026 à 13h50.

Fortnite, for sure

Après l’agression d’une enseignante, Emmanuel Macron relance la polémique sur les jeux vidéo, accusés d’alimenter la violence des jeunes. Une lecture contraire au consensus scientifique et qui occulte les causes sociales profondes du mal-être et des passages à l’acte.

L’agression d’une professeure d’arts plastiques par un jeune de 14 ans, au collège La Guicharde, à Sanary-sur-Mer, le mardi 3 février, a suscité de nombreuses réactions. En particulier, ce drame a remis sur la table la question des jeux vidéos et de la violence des jeunes. En réponse, Macron a indiqué vouloir conduire une grande enquête sur les effets des jeux vidéo sur les jeunes.

Pas de corrélation entre jeu vidéo et violence

Pour Macron, il s’agit de « mesurer scientifiquement » les effets des jeux vidéo sur les jeunes pour prendre des mesures, n’excluant pas leur interdiction. Il explique ainsi : « passer des heures devant des jeux vidéo, on passe son temps en série à s’habituer à de la violence, ça vous conditionne, ça ne vous fait pas de bien ». Il accuse en particulier un jeu populaire chez les jeunes : Fortnite, en expliquant : « Ça déréalise ».

Pourtant, le consensus scientifique existe autour de la question des jeux vidéo : on sait que le jeu vidéo augmente les comportements compétitifs et peut être une addiction, mais qu’il n’augmente pas le nombre de passages à l’acte agressifs. 

À l’inverse, le jeu vidéo peut être un facteur favorisant la santé mentale à travers le maintien du lien social. Et il y a des besoins : car quand l’imbécile regarde Fortnite, nous regardons plutôt la hausse des indicateurs prédicteurs du mal-être des jeunes et du risque de passage à l’acte auto ou hétéro-agressif qui augmentent. 

Affronter les causes sociales

Depuis plusieurs années, mais particulièrement depuis le Covid et la crise économique, les jeunes expriment leur mal-être. Outre l’augmentation de la consommation de médicaments psychotropes de 19 % depuis 2019, près d’un quart des lycéenNEs déclarent avoir eu des pensées suicidaires dans l’année.

Face à cela, les réponses sont minimalistes et souffrent d’années de destruction du service public, accélérée par le gouvernement Macron. Au déficit de lieux d’accueil et d’écoute pour les jeunes, s’ajoute une psychiatrie en sous-effectif chronique qui ne peut plus prendre en soin des patientEs qui en auraient besoin. Et le budget moyen par étudiant a été divisé par deux durant les mandats de Macron. L’allongement du temps de travail et l’inflation ont eu raison de la prise d’autonomie des jeunes.

Mais il faut aussi s’atteler au chantier plus important de l’état global de la société : parmi les angoisses des jeunes figurent le changement climatique et la montée des guerres. Et là, il faut se rappeler les propos de Macron : les jeux vidéos déréalisent, vraiment ?

Depuis plus de 2 ans, les jeunes assistent — comme nous toustes d’ailleurs — au génocide d’une population composée majoritairement de mineurEs : plus de la moitié des PalestinienNEs ont moins de 18 ans. Depuis plus de deux ans, ce génocide est à la fois nié et justifié par les médias comme par le gouvernement. La solidarité avec la population palestinienne est réprimée. Et ça, ça fait quel effet aux jeunes ?

Aurélie-Anne Thos