Comédie romantique, 1 h 40 min, en salle depuis le 21 janvier 2026.
Amour Apocalypse est un de ces films que l’on vit à la fois comme une claque et comme une caresse. Cette comédie romantique canadienne constellée de « tabarnak » analyse un mal indéniablement d’actualité : l’éco-anxiété comme symptôme envahissant d’un système à bout de souffle.
Adam, propriétaire de chenil quarantenaire et dépressif, ne va pas mal « par accident ». Il va mal parce qu’il vit dans un monde qui broie les consciences, épuise les corps et privatise jusqu’à la lumière — littéralement, à travers sa lampe de luminothérapie, vaine tentative de retrouver un peu de sérénité. Il va mal parce que, comme il le dit à sa psy, « on est les cafards de ce monde ». L’angoisse climatique qui le bouffe n’est pas une lubie individuelle, mais la conséquence logique d’un capitalisme qui continue de promettre ruissellement, croissance et bonheur tout en accélérant l’effondrement. Le film ne tombe pas dans le piège de psychologiser ce mal-être à outrance : Adam n’est pas malade d’être trop sensible, il est lucide dans un monde qui exige le déni.
C’est dans cette brèche que surgit Tina, d’abord une voix sur la ligne de service après-vente des lampes miracles, puis une présence, et enfin une évidence. Femme mariée, maman, elle aussi enfermée dans une vie trop étroite, elle incarne moins une échappatoire qu’un point de bascule. Leur histoire n’a rien d’un fantasme adolescent : elle est fragile, adultère, imparfaite et profondément politique. S’aimer, ici, devient un geste de résistance, anecdotique mais vital, une façon de dire non à la résignation. Dans un monde qui s’effondre, ils choisissent le désir, la possibilité d’une autre fin.
Anne Émond filme cette rencontre sur une alternance de paysages enneigés idylliques et de zones industrielles pleines de chaleur moite. L’apocalypse, elle, est déjà là, diffuse, banale, intégrée au quotidien. En cours. Pourtant, par son humour décalé, par sa douceur obstinée, Amour Apocalypse prouve que, si l’amour ne sauvera probablement pas le monde, il peut, au moins, nous empêcher de perdre toute humanité. Une comédie romantique loin des standards du genre, qui rappelle que si nos histoires d’amour semblent dérisoires face à l’effondrement, ce sont peut-être elles qui nous maintiennent encore debout.
Cyrielle L. A.