Publié le Dimanche 26 avril 2026 à 20h07.

Marx et la politique, hier et aujourd’hui

Ce dimanche 11 avril, un double-événement, organisé par la Fondation Gabriel Péri, la GEME et les Éditions sociales, attestait de la vitalité des recherches marxistes. 

Dans la petite salle comble de la librairie Utopia, le jury de la GEME (Grande Édition Marx Engels) décernait son premier prix de master pour récompenser un travail académique s’appuyant sur les œuvres de Marx et Engels, tandis que Romaric Godin présentait à un parterre académique les intuitions de sa préface aux Luttes des classes en France, récemment republiées par les Éditions sociales.

Le choix d’organiser un événement visant à discuter de « Marx et la politique, hier et aujourd’hui », en même temps que la remise d’un prix académique et ­l’assemblée générale de la GEME est notable, car il met en évidence une intervention politique de plus en plus directe des éditeurEs et des ­chercheurEs.

La GEME, Grande Édition Marx Engels, édite ce mois-ci, avec un solide appareil critique, l’ensemble des écrits politiques d’Engels. En parallèle, elle récompense le mémoire d’Achille B., dont l’objectif était l’actualisation de la tradition francfortoise — une tradition souvent distinguée du marxisme ou, au mieux, conspuée sous l’étiquette de « marxisme occidental ». 

Cette ouverture à un marxisme « vivant et actuel » est d’autant plus évidente lorsque la deuxième partie de l’événement est dédiée à la discussion de la préface que vient de rédiger Romaric Godin pour la réédition des Luttes de classes en France. Le journaliste y exprime de manière de moins en moins discrète son alignement avec le communisme des conseils, au point de soutenir, face à un Jean Quétier se revendiquant « l’avocat d’Engels », une analogie audacieuse entre ce que défend ce dernier, dans sa préface de 1895, et ce que dit Ledru-Rollin qui pense, dans une logique républicaine radicale, le suffrage universel comme voie principale vers une République démocratique et sociale. Dans cette préface, Engels défend en effet l’idée que, dans des pays comme l’Allemagne, le suffrage universel permet désormais à la classe ouvrière de se développer politiquement, que les élections sont un moyen privilégié d’organisation, de propagande et de mesure des forces. 

Romaric Godin insiste : « L’histoire donne tort sur la question électoraliste à Engels (...) : la naturalisation de la social-démocratie dans le système parlementaire l’amène à être ce qu’elle est aujourd’hui au bout de l’histoire. (...) On continue à dire que c’est l’amélioration du capitalisme qui va améliorer les conditions de vie, et on finit par les réformes Schröder ! (...) Même l’aristocratie ouvrière ne vote plus pour le SPD, qui en est revenu au niveau où il était lors des lois antisocialistes de Bismarck. » 

De quoi nous inciter à le (re)lire avec la plus grande attention, à l’heure où partout se discutent les élections — en particulier lorsqu’on se revendique unitaires et révolutionnaires.

Hafiza B. Kreje