Publié le Mercredi 7 janvier 2026 à 23h25.

Tout va bien, de Thomas Ellis

Film documentaire, 1 h 26, sortie le 7 janvier.

À travers le parcours de quatre adolescents arrivés seuls à Marseille, Tout va bien donne à voir l’épreuve quotidienne de l’exil, entre soupçon institutionnel et désir obstiné de vivre normalement. Un documentaire sensible, à hauteur d’ados, qui rappelle ce que les politiques migratoires et les discours dominants s’acharnent à effacer.

Tout va bien. Trois mots qu’on envoie pour rassurer sa mère quand on est loin, qu’on lance à ses amiEs pour s’en convaincre soi-même ou quand la vérité serait trop compliquée à expliquer. Dans le film de Thomas Ellis, c’est aussi une formule magique, un mantra. Parce que même quand c’est faux, les quatre adolescents que nous rencontrons dans ce documentaire ont besoin de croire qu’à la fin, ça ira quand même.

Seuls à Marseille

Ils ont entre 14 et 19 ans, arrivent seuls à Marseille après avoir traversé des frontières, des administrations et souvent la mer. Après quelques images évoquant ces parcours traumatisants, le film attaque par ce qui les attend vraiment : l’interrogatoire permanent. Questions répétées, regards soupçonneux, peur de se tromper. Ici, on ne cherche pas à comprendre mais à vérifier. On insiste pour connaître les détails de traversées que ces enfants voudraient pouvoir oublier. On soupçonne des enfants de tricher sur leur âge tout en leur demandant d’être immédiatement adultes et responsables. Comme Tidiane, 17 ans, arrivé avec son jeune frère, dont il est séparé très vite le temps de prouver qu’il est, lui aussi, un mineur isolé.

Un film à hauteur d’ados

Tout va bien n’est pas un documentaire plombant pour autant. Thomas Ellis filme ses personnages à hauteur d’ados : avec leurs grands rêves, leur énergie débordante, leur humour parfois désarmant. Junior veut être footballeur professionnel — ou serveur au Plaza Athénée... Aminata, elle, n’a pas traversé la Méditerranée pour devenir femme au foyer. Décidée à aider les autres, elle étudie pour devenir aide-soignante. Sa bonne humeur permanente est communicative, sa vie de jeune ado en foyer pleine de rires, de potins entre copines, de sorties... Khalil, lui, aurait voulu être électricien, mais son niveau en français lui ferme les portes des apprentissages. Il progresse pourtant à toute vitesse, parce que quand on n’a pas le choix, on apprend vite. La plage, le foot, les copains, les glaces partagées, les premières libertés. La musique, très présente, accompagne leurs pensées, leurs peurs, leur détermination. On sent que ça avance, même quand c’est fragile.

Sans emphase, Tout va bien rappelle ce que le discours dominant a oublié : les personnes qui arrivent ici ne sont ni des chiffres ni des menaces, mais des prénoms, des histoires, qui n’aspirent qu’à une vie normale. Étudier, travailler, aimer, réussir... Rien de très révolutionnaire, en fait. Un film utile, sensible, parfois drôle, souvent révoltant, qui fait du bien là où ça ne va pas bien du tout : notre façon de regarder l’exil.

Cyrielle L. A.