Publié le Dimanche 18 janvier 2026 à 17h00.

Venir au monde – Autonomie, dignité et luttes pour une justice reproductive

Coordonné par Eva-Luna Tholance et Johanna-Soraya Benamrouche. Éditions Troubles, 2025, 336 pages, 19 €

Venir au monde est un ouvrage qui refuse les récits normés de la naissance, de la parentalité et de l’adoption pour en révéler les lignes de fracture politiques, raciales, médicales. Coordonné par Eva-Luna Tholance et Johanna-Soraya Benamrouche, il rassemble une vingtaine de personnes concernées et engagées, et ouvre le champ de la justice reproductive.

Né des luttes féministes noires aux États-Unis dans les années 1990, ce mouvement formule un constat essentiel : nos vies reproductives sont traversées de violences structurelles. Racisme, sexisme, validisme médical s’y entremêlent pour décider qui peut enfanter, dans quelles conditions, et à quel prix. Venir au monde montre que le droit à l’IVG, les luttes trans, la dénonciation des violences obstétricales, la pollution environnementale ou l’adoption internationale relèvent d’un même combat : celui de l’autodétermination des corps, pensée dans l’interdépendance et la solidarité.

L’adoption internationale y apparaît non comme un simple geste humanitaire, mais comme un fait politique, inscrit dans l’histoire coloniale, les inégalités Nord-Sud et les écocides. Le texte du Collectif Vietnam Dioxine soulève des questions fondamentales : comment parler de parentalité quand des terres sont empoisonnées, quand des générations entières sont condamnées par l’agent orange ? Comment parler de « choix » reproductif ou même de capacité quand la guerre chimique détruit les corps, les sols, les eaux ?
Le combat de Trần Tố Nga, raconté ici, rappelle que toutes les vies ne comptent pas de la même manière devant la justice. Tandis que les vétérans étatsuniens ont été indemnisés, les victimes vietnamiennes se heurtent à un mur juridique et politique. Cette impunité révèle une hiérarchie raciale. Dans ce contexte, la justice reproductive ne peut se penser sans réparations, sans reconnaissance des crimes écologiques et coloniaux.

Venir au monde refuse les réponses individuelles à des violences systémiques : la dignité se conquiert collectivement. En liant naissance, adoption, écologie et anticapitalisme, ce livre nous oblige à une question essentielle : dans quel monde voulons-nous faire naître des enfants et qui a réellement le droit d’y venir ?

Amel