La mobilisation agricole de janvier 2026 révèle l’autoritarisme de l’État et sa collusion avec l’agrobusiness. Derrière le spectacle des tracteurs dans Paris se cache une réalité brutale : répression des syndicats paysans, impunité pour les violences d’extrême droite, récupération politique au service du lobby agro-industriel.
Au cœur de la colère paysanne, l’accord de libre-échange UE-Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) permettra l’importation massive de produits agricoles issus de la déforestation, de l’usage de pesticides interdits en Europe, de l’exploitation des travailleurEs. Cet accord menace directement les revenus des agriculteurEs européens. L’agriculture industrielle, les fermes-usines et la course au rendement menacent aussi les petits paysans sud-américains. Le Mercosur incarne un modèle productiviste et le primat du libre-échange néolibéral sur la souveraineté alimentaire.
La Confédération paysanne dans le viseur de la répression
Face à cette offensive, la Confédération paysanne, syndicat progressiste, se mobilise depuis des mois. Seule réponse : la matraque et les arrestations. Le 9 janvier, deux porte-parole nationaux, Thomas Gibert et Stéphane Galais, sont violemment interpellés place de l’Étoile alors qu’ils manifestaient pacifiquement. Le 14 janvier, 150 manifestantEs occupent une annexe du ministère avec un message clair : « L’agriculture, on veut en vivre, pas en mourir ». Résultat : 52 gardes à vue, suivies d’un classement sans suite confirmant l’absence de violence. Ces intimidations visent celles et ceux qui dérangent le pouvoir en exigeant un changement de modèle agricole.
Pendant ce temps, la Coordination rurale (proche de l’extrême droite) multiplie les violences en toute impunité, voire avec l’accord de la police : tête de sanglier devant la Ligue de protection des oiseaux, local vandalisé d’un député écologiste, etc. Le gouvernement tolère la violence réactionnaire, mais criminalise la contestation paysanne.
La FNSEA, syndicat d’État
La FNSEA bénéficie d’un traitement de faveur. Le 13 janvier, 352 tracteurs défilent librement dans Paris, déversent 30 tonnes de pommes de terre devant l’Assemblée. Arnaud Rousseau, président de la FNSEA et du groupe agro-industriel Avril, est reçu à Matignon. Réponse immédiate aux demandes de la FNSEA, qui a soutenu le gouvernement tout au long du dernier mois : « loi d’urgence », accélération de la loi Duplomb (fermes-usines et mégabassines), hausse de 10 % des quotas d’abattage de loups. Thomas Gibert dénonce un « système de cogestion entre la FNSEA et le gouvernement ».
Le 13 janvier, Lecornu a annoncé un moratoire sur la politique de l’eau jusqu’en mars. Concrètement, gel du Schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Vilaine qui prévoyait l’interdiction des herbicides sur les zones de captage d’eau potable. Trois ans de travail démocratique suspendus sous la pression de la FNSEA, qui a perturbé les réunions et menacé les élus. La voix de plus de 3 500 manifestantEs à Rennes n’a pas été entendue. Ce moratoire ouvre la voie à l’assouplissement des normes nitrates, au déblocage des mégabassines et à la pollution des nappes. Le gouvernement délivre à la FNSEA le droit de piétiner le débat démocratique et la santé publique.
Entre profits de l’agrobusiness et agriculture paysanne, le gouvernement a choisi. La politique délibérée du « deux poids, deux mesures » défend le capitalisme agricole contre l’alternative émancipatrice. Face à cette collusion, la Confédération paysanne appelle la population à amplifier la mobilisation. Associations écologistes, syndicats, partis politiques doivent rejoindre ce combat pour notre avenir. La solution viendra de notre capacité à faire converger nos luttes, pas de l’État bourgeois !
Commission nationale écologie