Publié le Mercredi 6 mai 2026 à 09h57.

La planète brûle, le capital s’en lave les mains

Canicules extrêmes, dérèglements climatiques, profits records des multinationales : la catastrophe s’accélère, le capitalisme l’alimente et en tire profit.

Avril 2026 : 43 °C à New Delhi, 12 centimètres de neige à Moscou, 139 gigatonnes de glace fondues au Groenland, les 50 °C dépassés pour la première fois en Turquie, incendies, sécheresses… Les conséquences de la destruction des équilibres planétaires sont de plus en plus spectaculaires.

Deux images, deux continents, une même catastrophe

Les températures caniculaires frappent le nord de l’Inde chaque année plus tôt. Le 27 avril, le thermomètre affichait 43 °C à New Delhi, dépassant 40 °C pour le cinquième jour consécutif. Avril marque désormais le début des vagues de chaleur dans le pays le plus peuplé de la planète. Les ouvriers du bâtiment sont en première ligne, exposés sans protection à une chaleur qui tue. Les services météo­rologiques prévoient des pointes à 45 °C pour les dix prochains jours. En 2024, près d’un tiers des journées de canicule indiennes étaient dues au changement climatique, selon The Lancet, avec un record à 52,3 degrés. L’année 2026 s’annonce particulièrement difficile avec le retour d’El Niño, menaçant la mousson et l’agriculture. Ce sont les paysans, les journaliers, les femmes — 158 millions pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 — qui en mourront en premier.

À l’autre bout de l’hémisphère, Moscou subissait une tempête de neige tardive en plein printemps : vols annulés, arbres déracinés, près de 12 centimètres relevés fin avril. Les climato-sceptiques jubilent, opposant le froid de Moscou à la fournaise de Delhi. Mais le changement climatique, ce n’est pas simplement « plus chaud partout ». C’est la destruction des équilibres planétaires. Des saisons décousues. Des cycles brisés. Une planète qui a perdu ses repères.

L’Europe, cobaye d’un désastre annoncé

Depuis les années 1980, l’Europe s’est réchauffée deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes sur au moins 95 % du territoire européen. La Fennoscandie a enregistré la plus longue vague de chaleur depuis que les relevés existent. En Turquie, 50 °C dépassés pour la première fois. En Grèce, 85 % de la population exposée à près de 40 °C. Les incendies ont ravagé plus d’un million d’hectares en 2025. Des conditions de sécheresse ont touché plus de la moitié du continent, laissant 70 % des fleuves sous leur débit moyen. Le Groenland a perdu 139 gigatonnes de glace — dévastateur pour les populations côtières du Bangladesh et des îles pacifiques, qui n’ont quasiment pas contribué au problème.

La guerre et le climat : le même système, le même bénéficiaire

Les conflits armés détruisent des infrastructures, rejettent des millions de tonnes de CO₂, bloquent les transitions énergétiques et les États font le choix du réarmement plutôt que d’investir dans leur résilience climatique. En retour, le changement climatique fabrique les conditions des guerres de demain : sécheresses, famines, migrations forcées.

TotalEnergies affiche un bénéfice de 5,8 milliards d’euros au premier trimestre 2026, en hausse de 51 %. L’enrichissement des actionnaires est évalué à 55,4 milliards d’euros. Les bénéfices du secteur fossile mondial atteindront 94 milliards de dollars en 2026 — de quoi fournir de l’énergie solaire à 50 millions de personnes en Afrique. Pendant que les ménages voient leur facture exploser, les actionnaires s’enrichissent à la vitesse de la fonte des glaciers. Ce n’est pas un paradoxe : c’est la logique du système capitaliste.
Tout cela forme un seul et même système : celui qui transforme la détresse humaine en opportunité financière, les catastrophes en marchés et l’urgence en procrastination organisée.

La maison brûle. Et ses ­propriétaires en touchent les dividendes.

Commission nationale écologie