Avec l’envoi de milliers d’agents de l’ICE par Donald Trump, Minneapolis vit une véritable occupation policière. Entre violences, intimidations et résistance populaire, la ville refuse de plier face à une offensive autoritaire et raciste.
Donald Trump est en guerre contre le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, qu’il déteste en tant que rival politique, et contre Minneapolis, la plus grande ville de l’État, réputée pour ses opinions libérales. Trump a maintenant envoyé 3 000 agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, police de l’immigration et des frontières) à Minneapolis, soit 1 000 de plus qu’avant le meurtre de la militante Renee Nicole Good par l’ICE. Il y a désormais plus d’agents de l’ICE à Minneapolis que de policiers dans toute la métropole. La majorité des habitantEs considèrent qu’il s’agit d’une occupation, qui suscite la peur et davantage de violence.
Des enlèvements brutaux et massifs
Les agents de l’ICE, masqués, vêtus de gilets pare-balles, armés de fusils et de sprays chimiques, se présentent dans les écoles, les hôpitaux, les églises et les entreprises et, sans mandat d’arrêt, ils arrêtent des personnes de couleur, immigrées ou citoyennes américaines, les mettent dans des voitures et les emmènent. CertainEs sont ensuite relâchéEs, d’autres sont envoyéEs dans des villes lointaines afin que leurs amiEs et leur famille aient du mal à les retrouver et à les aider. En raison des patrouilles de l’ICE, Minneapolis et d’autres districts voisins ont fermé leurs écoles pour les prochaines semaines, proposant à la place un enseignement à distance.
Trump et Kristi Noem, cheffe du département de la Sécurité intérieure, affirment que les agents de l’ICE bénéficient d’une « immunité absolue ». Mais une juge fédérale, Kate M. Menendez, a émis une injonction temporaire interdisant aux agents de l’ICE de prendre des mesures de représailles contre les personnes « participant à des activités de protestation pacifiques et non obstructives », d’utiliser des « outils de dispersion des foules » en représailles à des discours conformes à la liberté d’expression et d’arrêter et de détenir des personnes dans des voitures, à moins qu’elles ne bloquent de force les agents de l’ICE. Des juges de Californie, de l’Illinois et de Washington, D.C., ont rendu des décisions similaires dans des procès intentés par des organisations de défense des droits des immigréEs.
Une résistance protéiforme
Tant les citoyenNEs ordinaires que les responsables politiques de la ville et de l’État, comme le gouverneur Tim Walz et le maire Jacob Frey, considèrent que ce qui se passe est une occupation illégale et violente. Et il y a de la résistance. Partout où les agents de l’ICE apparaissent, les membres des réseaux de militantEs soufflent dans leurs sifflets pour alerter leurs voisinEs et beaucoup descendent dans la rue pour crier aux agents de l’ICE de partir. D’autres ont utilisé leurs voitures pour bloquer les rues et empêcher l’ICE d’avancer. CertainEs militantEs ont lancé des boules de neige sur les agents de l’ICE, d’autres ont crevé les pneus de leurs voitures et certainEs ont tiré des feux d’artifice sur eux.
Cette résistance militante est admirable, mais elle pourrait donner à Trump un prétexte pour invoquer la loi sur l’insurrection, qui permet au président d’envoyer des troupes fédérales dans n’importe quelle ville ou n’importe quel État. Cette loi peut être invoquée « pour faire face à une insurrection ». Le ministère de la Défense de Trump a indiqué à 1 500 soldats d’active de la 11e division aéroportée, basée en Alaska, de se préparer à un possible déploiement dans le Minnesota.
Le ministère de la Justice de Trump a ouvert une enquête pénale sur les actions du gouverneur Walz et du maire Frey, les accusant d’ingérence dans les activités de l’ICE. Frey a dit à l’ICE de « foutre le camp de Minneapolis ». Trump déteste Walz parce qu’il était le candidat démocrate à la vice-présidence qui s’opposait à lui et au vice-président J.D. Vance en 2024. Il déteste Minneapolis, où une grande majorité vote démocrate. Et il déteste les immigréEs « basanéEs », parce qu’il est raciste.
Les habitantEs de Minneapolis tiennent tête à Trump et, dans tout le pays, les gens espèrent qu’ils poursuivront leurs impressionnantes manifestations pacifiques, qu’ils gagneront — et nous avec eux.
Dan La Botz