Publié le Jeudi 21 mai 2026 à 11h20.

La coalition mondiale de l’inaction face à la fabrique des pandémies !

Les épidémies se multiplient dans un monde bouleversé par le changement climatique, le néocolonialisme et l’agrobusiness. Pourtant, les grandes puissances et les laboratoires continuent de sacrifier la santé mondiale aux logiques de profit.

La croisière s’amusait sur le MV Hondius, pendant que l’Argentine et le Chili connaissaient un record de cas de hantavirus. Pas de titres au 20 heures. Mais ce qui n’était qu’une épidémie de plus dans un pays pauvre monte à bord d’un bateau de croisière et trouve le chemin des pays riches. 

Des cas contacts hospitalisés dans 23 pays, le spectre du Covid qui réapparaît et les gros titres de presse. Ainsi va le monde capitaliste, qui veut ignorer que sa mondialisation signe le retour des pandémies et ne songe à les regarder que lorsqu’elles menacent ses centres de profitabilité, en espérant que fermer les frontières suffira. Le changement climatique, la déforestation massive, la croissance de gigantesques mégalopoles, la construction de véritables fermes-usines, avec des animaux parqués et génétiquement uniformisés, favorisent l’expansion, les mutations et les franchissements de la barrière d’espèce des maladies infectieuses.

One Health

Tout nous dit que la santé des écosystèmes, des animaux et des humains est liée : One Health, une seule santé.
Le capital bouleverse les écosystèmes, fait circuler humains, marchandises et vecteurs à une vitesse inconnue jusque-là. Mais alors même que ces bouleversements signent le retour des pandémies, il abandonne des territoires entiers et détruit les systèmes de santé et de solidarité mondiale. Trump, principal bailleur, a quitté l’OMS, et l’Organisation mondiale de la santé animale est exsangue financièrement.

Avec le changement climatique et le transport de vieux pneus recyclés d’Asie, le moustique tigre colonise l’Europe et la France, avec chaque été des cas autochtones de dengue ou de chikungunya. La grippe aviaire H5N1 circule massivement dans les élevages de vaches laitières et de poulets aux États-Unis, avec un potentiel d’adaptation aux humains de plus en plus inquiétant. Le mpox est sorti des radars, mais continue à circuler en Afrique centrale, sans déploiement vaccinal massif.

Retour d’Ebola en RDC

Sitôt rassurée sur le hantavirus — cas contacts à l’isolement, absence de mutation augmentant la transmissibilité —, l’OMS déclare « une urgence de santé publique » pour la fièvre hémorragique Ebola en République démocratique du Congo (RDC), dans la province de l’Ituri. La souche virale est particulièrement transmissible et mortelle, sans traitement ni vaccin à ce jour, dans une région minière transfrontalière minée par les groupes armés, la corruption d’État et des hôpitaux en ruine. L’aéroport fermé et le pont Nizi effondré rendent l’accès difficile.

Depuis des mois, Médecins sans frontières plaide pour la réhabilitation de cet aéroport, par lequel transite son aide aux 900 000 réfugiéEs sud-soudanaisEs vivant dans des camps qui manquent de tout. Les sociétés minières et le pillage néocolonial occupent une place centrale dans la crise en Ituri. Car si une grande partie des petites mines d’or est contrôlée par des groupes armés, ce sont bien les grandes sociétés minières, telles qu’AngloGold Ashanti, dénoncée par Human Rights Watch, qui bénéficient des millions de dollars tirés du pillage de l’or.

La déforestation massive liée au commerce international du bois et le réchauffement climatique détruisent les terres agricoles, favorisent les déplacements de populations et les violences, notamment contre les femmes, tout en détruisant les solidarités locales. Un État défaillant lié au pillage néocolonial, une crise des réfugiéEs, une société civile déstructurée : tout concourt à rendre cette épidémie d’Ebola explosive.

Ebola sévit depuis 1976 en RDC. On en est à la dix-septième épidémie. Il aura fallu quarante ans et des dizaines de milliers de mortEs pour qu’apparaisse en 2019 un premier vaccin, qui n’est pas efficace contre la souche actuelle. Cela n’intéressait pas les grands laboratoires. Alors il y a urgence à développer des tests et des vaccins. Mais le Covid et le mpox ont montré que même l’existence de vaccins ne suffit pas : ils sont trop souvent réservés d’abord aux pays riches, ou bien les conditions sociales rendent leur distribution extrêmement difficile dans des pays minés par le néocolonialisme !

À la tribune de l’ONU, la présidente de Médecins sans frontières dénonçait « la coalition mondiale de l’inaction » face à Ebola. C’était en 2014. Et Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale de l’OMS, en avouait la raison : la fièvre Ebola est « typiquement une maladie de pauvres dans des pays pauvres, dans lesquels il n’y a pas de marché » pour les firmes pharmaceutiques. C’est toujours d’actualité. Les profits des trusts et l’austérité des États passent avant la santé du monde.

Frank Prouhet