Publié le Lundi 19 janvier 2026 à 16h27.

Majorité numérique à 15 ans : protection des enfants ou risque sécuritaire ?

Présentée comme une mesure de protection des enfants, l’instauration d’une « majorité numérique » à 15 ans s’inscrit en réalité dans une dynamique sécuritaire plus large. Derrière l’interdiction des réseaux sociaux et les projets de couvre-feu numérique se dessinent des dispositifs de surveillance, de censure et de contrôle des usages, sans remise en cause du capitalisme numérique ni des logiques qui exposent réellement les jeunes aux violences en ligne.

Le Gouvernement va présenter un projet de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le texte sera examiné au Parlement en ce début d'année 2026. Le texte comprend aussi une interdiction des téléphones portables au lycée. Une autre députée Renaissance, Mme Miller, souhaite compléter cette loi en instaurant un couvre-feu numérique pour les adolescentEs de 15 à 18 ans, interdisant l’accès aux réseaux sociaux entre 22 heures et 8 heures du matin.

Pour rappel, la loi du 7 juillet 2023 visant « à instaurer une majorité numérique et à lutter contre la haine en ligne » a instauré une majorité numérique à 15 ans pour s’inscrire sur les réseaux sociaux. Faute de décret d’application et d’un aval de la Commission européenne, elle n'a jamais été appliquée.

Un projet de loi avant tout sécuritaire et facilement contournable

Il est important de commencer par rappeler que de nombreuses associations comme La Quadrature du Net ont répété que la « majorité numérique » est difficile à mettre en place, car il existe de nombreux moyens de contournement (notamment par VPN). Il s'agit d'une proposition dangereuse, qui implique potentiellement la fin de l'anonymat sur internet. La vérification de la majorité récente sur les sites pornographiques a montré la difficulté d'une telle opération et le fait que de nombreuses entreprises risquent d'en profiter pour s'enrichir sur ce terrain.

Un internet de plus en plus sécuritaire devrait nous inquiéter. Le projet d'un capitalisme numérique va de pair avec un projet de surveillance, renforcé par le déploiement de l'IA générative. L'exemple de la censure coloniale de TikTok en Kanaky par l’État français est à cet égard un bon exemple.

Il existe de nombreuses réglementations comme le Digital Services Act dans l'Union européenne qui visent à ce que les réseaux sociaux améliorent leur modération et luttent contre la « haine en ligne ». Toutefois, ce dernier concept est parfois flou et peut être mobilisé de manière à géométrie variable. C'est le cas depuis le début du génocide à Gaza, avec de nombreux contenus le dénonçant qui sont soit censurés, soit « shadow ban » (invisibilisés par les algorithmes). Qui plus est, ces lois sont volontairement bafouées (cyberharcèlement s'appuyant sur le racisme, la misogynie, la transphobie…) par certains réseaux sociaux comme X. Dernièrement, des féministes se sont mobilisées contre ce manque de modération, après de nombreuses dérives où des hommes demandent à dénuder des jeunes femmes par le biais du « chatbot » Grok. Le 5 décembre 2025, la Commission européenne a infligé au réseau social X une amende de 120 millions d'euros pour violation du DSA. Elon Musk a répondu que l'UE devait être abolie… Que faire face à un technofasciste assumé soutenu par Donald Trump ?

Pour une approche matérialiste et enfantiste

Plus largement, il est important de s'interroger sur l'industrie du numérique et sur les manières de reprendre le pouvoir. On ne peut traiter la question sans avoir une approche globale, qui soit matérialiste et enfantiste de ces questions.

Nous devons reprendre un contrôle, ouvrier et populaire, sur cette industrie qui n'a rien de dématérialisée. Cela passe par l'expropriation et la nationalisation des infrastructures numériques. Il nous faut dénoncer l'hypocrisie de l'État français, qui prétend réguler cette industrie tout en investissant 109 milliards d'euros pour la course à l'IA, car c'est tout le projet de numérisation de nos sociétés par le capitalisme qui est à revoir. Et celui-ci est intrinsèquement lié à un projet sécuritaire et autoritaire.

Enfin, il nous faut néanmoins considérer une approche mettant les enfants au centre, mais cela passera par une remise en cause plus large des pratiques numériques de l'économie de l'attention actuellement imposée.

Groupe de travail capitalisme numérique