À chaque publication des résultats PISA, le rouleau compresseur médiatique s’emballe autour du même diagnostic biaisé. Pour expliquer la baisse des résultats, les médias et le gouvernement désignent trois coupables idéaux : la démission supposée des parents, l’omniprésence des écrans et le prétendu « pédagogisme » des enseignantEs. En focalisant les débats sur ces paniques morales et ces attaques contre le corps professoral, le pouvoir détourne sciemment l’attention des causes réelles.
L’agitation autour de l’« épidémie d’écrans » sert de paravent idéal. Si l’exposition passive aux outils numériques pose de vraies questions sociétales, son instrumentalisation permet de transformer un problème collectif d’accès au savoir en une responsabilité purement individuelle et familiale. Surtout, cette panique morale évite soigneusement d’interroger la marchandisation du secteur éducatif promue par ce même gouvernement, qui préfère équiper les classes en tablettes plutôt que d’y mettre des enseignantEs forméEs et remplacéEs.
Ce que le traitement dominant passe sous silence, c’est pourtant que le système éducatif français est l’un des plus inégalitaires de l’OCDE. L’origine sociale y détermine les parcours scolaires avec une violence systémique. L’école ne corrige pas les inégalités de classe, elle les reproduit et les accentue.
Mettre en cause les méthodes pédagogiques ou la responsabilité des familles permet d’évincer la question centrale du sous-investissement chronique (classes surchargées, dégradation des conditions de travail, crise du recrutement) tout en justifiant une offensive idéologique. C’est au nom de ce constat falsifié que l’on impose le « retour aux fondamentaux » et le rétablissement de l’autorité verticale.
Cette rhétorique réactionnaire sert de caution à la casse du service public. En faisant porter la faute sur la pédagogie ou les choix individuels, l’État masque sa volonté de liquider l’école au profit d’un tri social délibéré : une éducation de qualité préservée pour les classes dominantes et un apprentissage au rabais, réduit au strict minimum, pour les enfants des classes populaires.