Publié le Jeudi 22 janvier 2026 à 11h00.

Iran : Les grandes manœuvres

Au grand dam des monarchistes et des courants de droite favorables à une intervention impérialiste, les menaces d’une intervention états­unienne se sont momentanément éloignées, notamment sous la pression des pétromonarchies du Golfe et de l’État d’Israël. 

 

Les premières redoutent une déstabilisation régionale et une riposte de la RII conduisant au blocage du détroit d’Ormuz, par où transite près de 30 % du pétrole mondial. Quant à Israël, son stock de missiles intercepteurs a été fortement entamé lors de la guerre de juin dernier, ce qui fragilise son « dôme de fer ». 

Les prises de position de façade de Trump et Netanyahou en faveur du soulèvement en Iran visent d’abord à faire pression sur la RII, dans le cadre des négociations sur son programme nucléaire et balistique, ainsi que sur la vente de pétrole à la Chine.

Trump souhaite davantage un changement de leadership à Téhéran qu’un changement de régime. Signe des relations entre la RII et la bourgeoisie internationale, le ministre des Affaires étrangères iranien a été invité au Forum économique de Davos, mais face au tollé provoqué parmi les ONG et organisations de défense des droits humains, les organisateurs ont annulé leur invitation à la dernière minute.

La RII n’est pas un État anti-impérialiste

La RII a collaboré à plusieurs reprises avec l’impérialisme américain, notamment en Irak et en Afghanistan. Son opposition à Israël et à l’ordre impérialiste vise avant tout à défendre ses propres intérêts de puissance régionale.

Si elle finance des forces de résistance en Palestine et diverses milices au Yémen, en Syrie, au Liban ou en Irak, c’est davantage pour les instrumentaliser et les placer dans un rapport de subordination que pour soutenir la lutte des peuples pour leur autodétermination.

Cette politique n’a rien de progressiste, elle est en miroir des agissements d’États comme l’Arabie saoudite. Elle attise les tensions ­sectaires dans la région.

Un financement conditionnel de la résistance palestinienne

Dans un débat par presse interposée qui a eu lieu en octobre dernier en Iran, un quotidien lié au Guide expliquait que « l’attaque du 7 octobre et le sacrifice du peuple palestinien ont permis de protéger la République islamique d’Iran ». Cela exprime de manière limpide le rôle que le régime confère aux luttes des peuples et aux organisations qu’il finance. Quand le Hamas a pris position contre le régime Assad en Syrie, la RII a divisé par deux le financement accordé à l’organisation palestinienne.

La RII partage avec Trump et les classes dominantes la volonté d’écraser les revendications sociales et démocratiques de la jeunesse, des femmes, des minorités nationales et des travailleurEs d’Iran.

Les gesticulations médiatiques de Trump, Netanyahou et consorts alimentent le campisme et le complotisme, niant la capacité des peuples d’Iran à être maîtres de leur destin. La surexposition des monarchistes dans les médias occidentaux ne fait que renforcer ce type de positions.

Une répression sanglante

 

Le 8 janvier, la République islamique d’Iran (RII) a instauré un black-out numérique et mène un massacre à huis clos. Les villes sont totalement quadrillées, dans ce qui s’apparente à un état de siège. Les images parvenues à l’extérieur montrent l’usage d’armes de guerre par le pouvoir. Il a également eu recours, comme déjà en 2009, à des mercenaires étrangers.

De hauts responsables du régime évoquent 5 000 morts, mais le bilan réel pourrait être bien plus lourd. Des témoignages précis d’employéEs de cimetières indiquent que des milliers de corps sont jetés dans des fosses communes. L’Organisation de défense des droits humains (HRANA) authentifie la mort de 4 929 personnes et recoupe les informations concernant 9 049 autres cas. Des milliers de familles recherchent leurs proches, d’autres doivent payer pour récupérer les corps et signer des aveux posthumes accusant les victimes d’être des agents d’Israël. Toutes ces familles subissent des pressions immenses, certaines ont dû passer par des aveux forcés en direct à la télévision. HRANA dénombre aussi plus de 26 000 arrestations, et ce chiffre n’est pas définitif.

Parallèlement, en réponse aux remerciements de Trump concernant la suspension de l’exécution de 800 détenuEs, le Guide Khameneï lui attribue la responsabilité du bain de sang, tandis que le procureur de Téhéran affirme que la réponse du régime « sera ferme, dissuasive et rapide ».

Plus illégitime que jamais, la RII opère une des pires répressions de son histoire sanglante.