Publié le Samedi 17 janvier 2026 à 09h00.

Burkina Faso : Du bon usage des complots

Les annonces de tentatives de coup d’État, qu’elles soient réelles ou imaginaires, témoignent de la faiblesse de la junte, incapable de juguler l’avancée des djihadistes.

 

Annoncée sur les réseaux sociaux par des structures proches du pouvoir, puis confirmée quelques heures plus tard par les autorités burkinabé, par la voix du commissaire divisionnaire de police Mahamadou Sana, une énième tentative de putsch aurait été déjouée. Ces informations ont provoqué le rassemblement de quelques centaines de personnes dans les rues de la capitale, Ouagadougou, et de la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso, pour défendre le président Ibrahim Traoré.

L’argument de l’efficacité

D’après les aveux d’un complice, le cerveau de ce coup de force serait le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, lui-même ancien putschiste renversé par Traoré et réfugié au Togo. Ce pays ne semble pas impliqué et les accusations portées par la junte se dirigent en revanche vers la Côte d’Ivoire, avec laquelle le Burkina Faso entretient des relations conflictuelles.

L’armée a toujours été une pièce maîtresse de la vie politique du Burkina Faso. La nouveauté réside dans le fait que la justification des séditions repose désormais sur l’inefficacité des réponses sécuritaires à la menace djihadiste. Ainsi, Sandaogo Damiba a invoqué cet argument pour renverser le président Roch Marc Christian Kaboré, et Ibrahim Traoré a fait de même lors de son coup d’État du 30 septembre 2022.

Au vu de la forte dégradation des conditions sécuritaires du pays, Traoré ne peut qu’être sur ses gardes. Régulièrement, à en croire la junte, des complots sont déjoués, confortant l’idée d’une citadelle assiégée et justifiant le déclenchement de purges et d’arrestations au sein de l’armée. Par exemple, en octobre 2023, le commandant Ismaël Touhogobou est arrêté et exécuté ; en janvier 2024, c’est au tour de l’ancien chef d’état-major de la gendarmerie, le lieutenant-colonel Evrard Somda, d’être enlevé.

Une junte obsédée par le contrôle

Cette répression ne se limite pas à l’armée, elle vise l’ensemble de la société. Les enlèvements de journalistes, d’avocats, d’artistes, ainsi que de syndicalistes et d’opposants politiques, créent une véritable psychose dans le pays. Des mouchards, présents dans les principales villes, scrutent la moindre déclaration de simples citoyenNEs contre le gouvernement, qui peuvent se retrouver du jour au lendemain en prison ou sur le front comme Volontaires pour la défense de la patrie, milice créée par le gouvernement pour lutter contre les organisations d’Al-Qaïda et de l’État islamique.

Ces tentatives de coup d’État, réelles ou supposées, et leur corollaire répressif résultent d’une politique va-t-en-guerre qui refuse de s’attaquer aux problèmes sociaux et économiques nourrissant ce conflit armé. Les conséquences pour les populations sont désastreuses : on compte environ deux millions de déplacéEs internes et quelque six millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire.

Paul Martial