Publié le Jeudi 3 avril 2025 à 12h00.

Sport, voile et laïcité : la République contre les musulmanEs

Le 19 février dernier, le Sénat a adopté la proposition de loi portée par Michel Savin, sénateur Les Républicains, visant notamment à interdire le port de signes religieux — en particulier le voile — dans les compétitions sportives, y compris à l’échelle amateur. 

Le texte, soutenu par le gouvernement Bayrou, marque une nouvelle étape dans la croisade islamophobe que mène la classe politique française contre les femmes musulmanes. Il s’inscrit dans la continuité des lois de 2004 et 2010, et dans une stratégie claire d’exclusion des personnes musulmanes de l’espace public, sous prétexte de laïcité.

La proposition de loi ne s’arrête pas là. Elle veut aussi interdire le maillot de bain couvrant à la piscine et l’accès aux équipements sportifs municipaux pour l’exercice d’un culte. Derrière les mots d’ordre de neutralité et de « lutte contre le communautarisme », c’est bien une vision violente de la République qui s’impose : celle d’une République blanche, catholaïque, incapable d’accepter que des femmes musulmanes puissent concilier foi, liberté, et citoyenneté. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau résume cette logique : pour lui, le voile serait « un signe d’apartheid » et « un acte politique ». Mais qui impose cette lecture ? Certainement pas les premières concernées que personne n’écoute, et encore moins les collectifs comme les Hijabeuses, qui se battent simplement pour avoir le droit de jouer au foot.

Islamophobie d’État, la France championne

Cette loi n’est pas neutre. Elle cible, exclusivement, les femmes musulmanes qui portent le voile, et transforme leur visibilité en une offense à la République. C’est une loi d’exclusion et de domination, qui relègue les corps musulmans hors du champ sportif. Elle vient dire à des milliers de femmes : vous ne pourrez ni courir, ni sauter, ni nager, tant que vous ne vous conformerez pas à l’image que la République attend de vous. Et que vaut cette prétendue neutralité à géométrie variable, quand même le droit international s’en alarme ? L’ONU, Amnesty International, les rapporteurs spéciaux sur les droits des femmes, tous dénoncent cette interdiction comme une atteinte à la liberté de religion, à la liberté d’expression, et à l’égalité d’accès aux services publics. Le Conseil de l’Europe alertait déjà en 2012 contre les stéréotypes visant les femmes musulmanes dans le sport. Et pourtant, la France persiste à faire de l’exception islamophobe la norme nationale. C’est d’autant plus absurde que les fédérations internationales — FIFA, FIBA, FIVB — autorisent le port du voile. Même les Jeux olympiques de Paris 2024, que l’on nous vantait comme paritaires et progressistes, ont vu la ministre des Sports interdire le foulard aux athlètes françaises… tout en laissant les délégations étrangères le porter. Humiliation symbolique, double standard, et confirmation d’une obsession bien hexagonale : celle de contrôler les femmes, leur corps, leur religion.

Sexisme, racisme et paternalisme 

Le prétexte de l’entrisme islamiste, servi à toutes les sauces, ne tient pas. Aucun rapport sérieux ne constate de phénomène massif de radicalisation via le sport. C’est même l’inverse : le sport est un vecteur d’émancipation, de santé, de socialisation. L’interdire aux jeunes filles qui portent le voile, c’est les isoler, les assigner à résidence, et nourrir ce qu’on prétend combattre. Marie Barsacq, ministre des Sports, l’a dit clairement avant d’être recadrée par Matignon : « Le port du voile, ce n’est pas de l’entrisme ».

Cette loi va donc à l’encontre de tout ce que le sport devrait représenter : un espace d’émancipation populaire, d’inclusion, de mixité, de respect. Elle revient à dire à certaines femmes : vous ne ferez pas partie de la République si vous ne vous déshabillez pas de votre foi. C’est un ultimatum indigne, sexiste, raciste. C’est une négation de leur autonomie, de leur capacité à faire des choix libres. Tantôt on les infantilise, les présentant comme soumises à des maris ou des pères autoritaires, tantôt on les accuse de faire de leur voile un étendard politique. Dans tous les cas, on leur refuse le droit d’être des sujets, des sportives, des citoyennes à part entière.

La gauche doit combattre !

Face à cela, notre camp n’a pas le droit au silence. Nous devons nous opposer fermement à cette loi, dénoncer l’instrumentalisation perverse de la laïcité, et affirmer que la République n’a pas à trier ses enfants sur des critères religieux. Le sport est un droit. Il appartient à toutes et à tous. Laissons les femmes courir, sauter, boxer, nager… en paix.

Amel et Mathilde Millat