Nous venons de commémorer les deux ans de la grande manifestation de Sainte-Soline. Rappelons-nous : 25 000 personnes étaient rassemblées dans ce village des Deux-Sèvres pour dire leur opposition au projet anti-écologique que sont les mégabassines.
Face à celleux que Darmanin qualifia « d’éco-terroristes », le gouvernement avait déployé une armada sans précédent. Des milliers de gendarmes et gardes-mobiles suréquipés devaient tout faire pour briser le mouvement.
L’enjeu n’était pas la protection d’un quelconque bien (la bassine n’était même pas encore construite). Il s’agissait d’un message politique : le gouvernement Macron défend l’agrobusiness, soutient les grands propriétaires terriens, et, pour ce faire, il est prêt à taper très fort. Des centaines de personnes furent blessées. Deux camarades se sont retrouvés dans le coma. Les séquelles, physiques et psychologiques, pour des centaines de personnes, sont encore présentes.
Une lutte offensive et commémorative
C’est dans un contexte particulier que des initiatives de rue ont été organisées pour les deux ans de Sainte-Soline, à Melle et à Poitiers. Il s’agissait de rappeler que le combat est toujours d’actualité, qu’outre le vol de l’eau, il faut lutter pour une autre agriculture, un autre modèle de production, une autre société… Mais il s’agissait également d’avoir une pensée pour les blessés d’hier, penser à elles et eux, faire vivre les solidarités face à la répression d’État. Ce sont plus de 400 personnes qui se sont retrouvées à Poitiers. Une véritable réussite. La présence extrêmement remarquée et provocatrice des forces de l’ordre a mené à des tensions. C’est la preuve que la pression policière persiste pour les mêmes raisons qu’avant : la défense du capitalisme agricole.
Une lutte de masse
Force est de constater que toutes les mobilisations contre les mégabassines rassemblent beaucoup de monde. Nous l’avons aussi vu l’été dernier lors du Village de l’eau, à Melle, qui a rassemblé des milliers de personnes. L’écologie radicale, et particulièrement ici la volonté que l’eau reste un bien commun, réussit à attirer et convaincre du monde, notamment parmi les jeunes générations. La mise en avant d’une réponse politique, anticapitaliste, écosocialiste, pourrait trouver un certain écho. C’est bel et bien une des tâches de la période : outre l’objectif central de remporter une bataille en empêchant les bassines (ce qui serait un point d’appui immense et une énergie positive pour tout le monde), il est urgent de faire vivre un « après ». À quoi ressemblerait une société anticapitaliste dans le domaine de l’agriculture ? Le NPA et la IVe internationale doivent aussi apporter des éléments de ce côté-là, pour donner une perspective, un débouché aux luttes auxquelles nous participons.
Alexandre Raguet