Publié le Jeudi 5 février 2026 à 11h00.

Il y a 20 ans, la mobilisation de la jeunesse scolarisée abroge le CPE

Il y a vingt ans, face à la précarisation programmée de toute une génération, la jeunesse scolarisée se mobilisait massivement contre le Contrat première embauche (CPE). Grèves, manifestations, coordinations nationales et convergence avec le monde du travail ont permis d’imposer un recul historique au gouvernement de Villepin, jusqu’au retrait du CPE en avril 2006.

De Villepin, nommé Premier ministre après la victoire du non au traité constitutionnel européen en mai 2005, entame une volontariste « bataille pour l’emploi ». Dès son arrivée, il met en place, par ordonnance, en août, un contrat précaire, le CNE, puis le 16 janvier 2006 une loi instaurant le CPE en procédure d’urgence parlementaire. Les étudiantEs, déjà contraintEs de recourir à des jobs temporaires pour financer leurs études, connaissent la précarité et refusent de la voir s’étendre pour constituer leur seul avenir. La mobilisation qui commence prend pour cible le CPE.

Une course de vitesse

Une course de vitesse contre l’adoption de la loi est engagée, d’autant que le gouvernement utilise le 49.3 pour gagner du temps. Trois jours après l’annonce, les syndicats étudiants et lycéens, ainsi que les organisations de jeunesse, constituent un collectif national « Stop CPE ». Elles appellent à une première journée de manifestations le 7 février, réussie : 400 000 ­étudiantEs sont dans la rue.

L’intersyndicale appelle à une journée d’action le 7 mars, le collectif Stop CPE intercalant avant celle-ci une autre journée de manifestations, toujours aussi nombreuses dans une trentaine de villes.

Auto-organisation et convergences

Des assemblées générales étudiantes commencent à voter la grève et le blocage des locaux, mais surtout élisent des déléguéEs pour mettre en place une coordination nationale étudiante qui se structure à partir du 18  février et devient, au cours de la mobilisation, de plus en plus représentative des facs, puis des lycées en lutte.

La journée du 7 mars, associant salariéEs (des préavis de grève ont été déposés dans nombre de secteurs) et jeunesse scolarisée, fait franchir un seuil au mouvement : un million de manifestantEs. Le nombre d’universités, puis de lycées occupés, bloqués, en grève augmente régulièrement : il atteindra plus de 80 universités et 700 lycées au cours des semaines qui suivent.

Une mobilisation multiforme

La mobilisation prend plusieurs formes : des journées d’action avec l’intersyndicale — 18 mars, 28 mars, 4 avril, la plus importante, avec 3 millions de manifestantEs —, des journées « jeunes » regroupant toujours autant de monde, des blocages de carrefours, de routes, de ponts, des occupations de voies de chemin de fer, de bâtiments publics (agences de l’emploi, mairies), voire même des dégradations symboliques à la peinture ou aux œufs d’agences d’intérim. L’ampleur du mouvement, la démocratie qui y règne, produisent une politisation importante. Déclenché pour le retrait du CPE, il étend ses revendications à l’ensemble de la loi et aussi au CNE en place depuis l’été précédent.

Un regret : ce mouvement ne s’est pas connecté avec les jeunes des 400 quartiers populaires qui se sont soulevés pendant trois semaines en décembre 2005 après la mort de Zyed et Bouna, électrocutés dans un transformateur en tentant de fuir la police, dans une révolte contre le racisme, les ­humiliations et le rejet.

La loi, votée le 11 février à l’Assemblée, le 9 mars au Sénat, est promulguée le 31 mars, le président Chirac précisant cependant qu’elle sera modifiée sur le CPE. Mais l’unité et la détermination du mouvement, sous l’impulsion de la coordination nationale et la force de la journée d’action du 4 avril, après la promulgation, font céder le pouvoir : le 10 avril, De Villepin annonce le retrait de l’article de la loi concernant le CPE.

CNE, CPE, contrats précaires

Pour inciter à l’embauche des jeunes confrontéEs à un chômage massif (23 %), les gouvernements successifs veulent les précariser et permettre aux patrons de les exploiter sans vergogne :

• Le SMIC jeunes instauré en 1994 a capoté face à la mobilisation. 

• Le CNE, contrat nouvelle embauche, concerne les entreprises de moins de 20 salariéEs et permet au patron de licencier sans motif au cours des deux premières années. 

• Le CPE reprend cette possibilité pour les entreprises privées de plus de 20 salariéEs et cible les moins de 26 ans.

Le SMIC jeunes et le CPE sont retirés face à la mobilisation. Le CNE disparaît en 2008 après de multiples décisions des tribunaux refusant des licenciements sans motifs et une condamnation de l’Organisation internationale du travail.
 

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Cet article fait partie d'un dossier qui comporte également les contenus suivants :

Printemps 2006, victoire contre la précarité !

On peut gagner !