Pourquoi et comment cette lutte de la jeunesse en 2006 a-t-elle fait céder le pouvoir ?
Au départ, la contestation s’est limitée au CPE. Mais ensuite, le mouvement a combattu l’ensemble de la « loi pour l’égalité des chances » qui prévoyait, en plus du CPE, l’apprentissage dès 14 ans, la suppression des allocations familiales en cas d’absences répétées aux cours (dit « Contrat de responsabilité parentale ») et le travail de nuit dès 15 ans.
Les années précédentes, la jeunesse s’était mobilisée à de nombreuses reprises contre des réformes voulant assujettir l’éducation au patronat. Un de leurs slogans disait : « Nous ne sommes pas de la chair à patrons. » En 2006, élargissant leurs objectifs au-delà de la remise en cause du CPE, les jeunes refusaient la précarité dans son ensemble. Et cela a eu un écho dans toute la population ; les parents souffrant du chômage refusaient que l’on prive d’avenir leurs enfants.
Les coordinations nationales
Rapidement, des AG ont lieu, créant des collectifs qui, progressivement, s’auto-organisent comme les rouages et les pilotes de la contestation. Le 18 février, les étudiantEs mobiliséEs de l’université de Rennes II lancent l’initiative d’une coordination nationale étudiante (CNE), fixant ses propres mots d’ordre et objectifs au mouvement, sans en passer par la médiation des organisations permanentes. La CNE s’est réunie, de février à mai, onze fois, dont deux en amont de la date déterminante du 7 mars, et trois après l’abrogation du CPE. La sixième rencontre de la CNE, qui a eu lieu à Aix, élabore une plateforme étudiante d’un côté et lycéenne de l’autre, accordant une autonomie propre au mouvement lycéen. Grâce à ces cadres d’auto-organisation, reflet réel de celles et ceux qui luttent, les étudiantEs et lycéenNEs ont gardé le contrôle de leur mouvement, qui n’a pas été détourné de ses objectifs ni freiné.
Les initiatives venant d’en bas se sont multipliées, déployées, renforcées sans entrave et leur caractère imprévisible a effrayé le pouvoir. La CNE, peu à peu, fut reconnue comme direction du mouvement et permit de résister un mois, entre le 7 février et le 7 mars, grâce à la détermination et à la volonté d’étendre le mouvement.
La massification
L’auto-organisation ne suffisait pas. Le mouvement de la jeunesse, aussi puissant soit-il, ne pouvait pas gagner en restant isolé. Pour créer un rapport de forces suffisant, la CNE a appelé la population et les syndicats non seulement à les soutenir mais à les rejoindre.
Le 7 mars, nouvelle date unitaire posée par l’intersyndicale, a marqué un tournant stratégique majeur du mouvement. Les manifestations organisées avec l’intersyndicale se sont amplifiées, atteignant les deux à trois millions, montrant la popularité du mouvement.
La majorité gouvernementale en crise s’est fissurée. Nicolas Sarkozy a voulu calmer le jeu et s’est démarqué de Villepin à l’approche des élections présidentielles. Le gouvernement, revenant sur son passage en force avec le 49.3, abroge le CPE.
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Printemps 2006, victoire contre la précarité !
Il y a 20 ans, la mobilisation de la jeunesse scolarisée abroge le CPE